Ce qui s'est passé
Nuit du 20 au 21 juin 1791. Une berline quitte les Tuileries en silence. À l'intérieur, Louis XVI, déguisé en « monsieur Durand », intendant d'une baronne. Officiellement, on ne quitte pas le royaume : on va à Montmédy. À Sainte-Menehould, le maître de poste Drouet reconnaît le roi grâce à son portrait sur un assignat de cinquante livres. On l'arrête à Varennes. Le 25 juin, il rentre à Paris dans un silence de mort : la foule garde son chapeau sur la tête, la garde porte les armes renversées, comme pour un enterrement.
Octobre 2026. Le samedi 17, la France brûle : pillages, l'hôtel de ville de Limoges en flammes, plus de 2 500 interpellations. Le dimanche, huit minutes et demie d'allocution : « je poursuivrai ces actions dès demain matin en allant dans les pays du Golfe pour sécuriser nos approvisionnements ». Le lundi, l'Airbus présidentiel décolle pour le Koweït, les Émirats, Bahreïn et le Qatar.
Mardi 20 octobre, à Bahreïn : tapis rouge à la base aérienne de Sakhir, le roi Hamad, le palais, les lustres, les accords. 100 000 tonnes de gazole de plus par mois. « Que nos compatriotes ne manquent de rien », dit le président. « On ne va pas manquer de gazole en février », rassure le patron de TotalEnergies. Trente-deux ONG lui demandent de parler des prisonniers politiques : « Bahreïn ne doit pas acheter le silence de la France ». Le constitutionnaliste Benjamin Morel parle d'une possible impression de « vacance du pouvoir ».
Deux voyages, deux prétextes, deux pays qui grondent. Louis XVI est rentré de Varennes dans le silence. Et vous, quel accueil réserverez-vous au retour du Golfe ?
Comme toute satire, cette chanson utilise l'exagération, le second degré et la caricature pour nourrir le débat public. Le voyage du président est une visite officielle annoncée ; « fuite » est notre mot.
Aucune berline n'a été arrêtée pendant sa fabrication.
Paroles
[Intro, sa vraie voix]
« …je poursuivrai ces actions dès demain matin en allant dans les pays du Golfe pour sécuriser nos approvisionnements. »
[Couplet 1]
20 juin, minuit, 1791,
Aux Tuileries, sans un bruit, la berline s'enfonce.
Le roi s'appelle « monsieur Durand », simple intendant,
Il file vers Montmédy, loin du peuple grondant.
À Sainte-Menehould, Drouet regarde l'inconnu :
Ce visage, ce profil… il les a déjà vus !
Sur l'assignat de 50, c'est le roi tout craché,
Et à Varennes, au petit matin, on l'a arrêté !
[Couplet 2]
235 ans plus tard, la France brûle encore,
Limoges perd sa mairie, on pille du sud au nord.
Dimanche, 20 heures, 8 minutes et demie d'écran,
Et lundi, l'Airbus décolle vers les émirs souriants :
Le Koweït, les Émirats, Bahreïn et le Qatar,
Pour du gazole… et des photos sous les étendards.
[Pré-refrain]
Louis jurait qu'il n'allait qu'à Montmédy,
« Sécuriser nos approvisionnements », toi, tu dis.
Deux voyages, deux prétextes, deux rois pressés :
Quand Paris gronde, il y a toujours un ailleurs où aller !
[Refrain]
De Varennes à Bahreïn,
Le roi s'en va, le peuple a faim !
De Varennes à Bahreïn,
Quand la France brûle, le roi s'en va loin !
[Couplet 3]
À Sakhir, le roi Hamad déroule le tapis rouge,
100 000 tonnes de gazole par mois… et rien ne bouge.
« Que nos compatriotes ne manquent de rien », dit-il,
Pendant qu'on balaie le verre des vitrines, en ville.
32 ONG l'implorent pour les prisonniers là-bas :
Que Bahreïn n'achète pas notre silence… mais le gazole d'abord, n'est-ce pas ?
« On ne va pas manquer de gazole en février », dit Pouyanné,
Mais c'est d'un président qu'on manque, depuis que l'avion a décollé !
[Pré-refrain]
[Refrain]
[Sa vraie voix, Vincent Hervouët]
« Ce n'est pas la fuite à Varennes. C'est le contraire, l'entourage répète qu'il est à l'écoute des soucis quotidiens des Français. »
[Pont]
Le 25 juin, Louis rentra dans Paris :
Pas un cri, pas un vivat, pas un chapeau levé, pas un bruit.
La garde, armes renversées, comme pour un enterrement,
Le silence d'un peuple qui ne croit plus son roi, vraiment.
Mercredi soir, ton avion se posera…
Et la France, à son balcon, gardera son chapeau, cette fois.
[Dernier refrain, deux fois]
[Fin, parlé]
Habitants de Varennes… contrôlez tous les véhicules.