Ce qui s'est passé
« Une affaire dont tout le monde se moque » : au PMU, pour une fois, on est d'accord.
Paris s'étripe sur les plateaux, le comptoir compte ses sous. ☕⛽
Depuis fin septembre, Mediapart attribue à Jordan Bardella des messages antisémites écrits en 2013, à 17 ans, et publie ce qu'il présente comme ses preuves : témoins, conversations Messenger, constat d'huissier. Le président du RN dément, parle de « faux grossiers » et d'une « guerre totale » contre son parti, et a porté plainte. Marine Le Pen maintient « à 1 000 % » sa confiance ; le garde des Sceaux l'accuse de mentir « éhontément ». Sur LCI, le 8 octobre, Jordan Bardella balaie « des polémiques et des affaires dont, pardon, tout le monde se moque ». Selon l'Ifop, 74 % des Français jugent les propos graves s'ils sont avérés… mais 72 % n'ont pas changé d'avis sur lui. La justice tranchera.
Pendant ce temps, loin des plateaux : le gazole a atteint 2,39 € le litre, un record ; une cuve de fioul de 1 000 litres coûte 1 907 €, 788 € de plus qu'il y a un an ; le bœuf est à plus de 20 € le kilo. Le gouvernement promet 12 à 18 centimes de moins sur le gazole, pendant trois mois.
👉 Une chanson de comptoir, de la France qui tourne les serviettes à celle qui s'indigne à minuit
🎶 Avec la vraie phrase de Jordan Bardella, et un refrain à crier un verre à la main : AU PMU, TOUT L'MONDE S'EN FOUT !
Comme toute satire, cette chanson utilise l'exagération, le second degré et la caricature pour nourrir le débat public.
Elle, au moins, ne paie pas le plein.
Paroles
« Un p'tit noir, patron ! Et un quinté ! »
Six heures et demie, le rideau grince, le percolateur siffle,
Dédé au comptoir, son p'tit noir, son ticket qu'il griffe,
Et là-haut, sur l'écran, la chaîne d'info tourne en rond :
« Bardella ! Mediapart ! » depuis huit jours, même chanson.
Des messages de ses dix-sept ans, un huissier, des captures,
Lui jure que c'est des faux, et il porte plainte, c'est sûr…
Le patron baisse le son : « Encore eux ? On a compris ! »
Et Gégé, qui fait les marchés : « Et l'gazole, il est à combien, aujourd'hui ? »
Y a la France Mediapart, qui s'indigne à minuit,
Qui lit tout, qui sait tout, et qui tweete dans son lit,
Et la France Patrick Sébastien, debout avant le jour,
Qui tourne les serviettes… et qui paie, toujours !
[REFRAIN]
Au PMU, tout l'monde s'en fout !
(Tout l'monde s'en fout !)
À Paris, ils deviennent fous !
(Ils deviennent fous !)
Mais le fioul, le plein, le steak haché,
Qui c'est qui va nous les payer ?
(Tout l'monde s'en fout ! Tout l'monde s'en fout !)
À Paris, sur les plateaux, ça s'étripe en direct,
Quatre éditorialistes, trois sondeurs et un ministre qui proteste :
« Il ment éhontément ! » — « C'est une guerre totale ! »
Les petites phrases volent bas au-dessus du canal.
En terrasse à Oberkampf, l'expresso à quatre euros,
On refait l'élection entre un tweet et un lait d'avoine bio.
Lui, sur un plateau, a dit : « Une affaire dont tout le monde se moque »…
Si c'est vrai, c'est grave, et les juges trancheront, c'est leur boulot —
Mais nous, ce matin, on avait d'autres soucis sur le dos.
[REFRAIN]
« Dix-neuf cents euros la cuve ! » a dit le livreur, gêné,
Huit cents de plus qu'l'an dernier : on en prendra la moitié.
Alors on chauffe une pièce, on vit en pull et en chaussettes,
Et mémé, sous trois couvertures, compte les allumettes.
Le gazole à deux trente-neuf, et l'usine à quarante bornes :
On fait l'plein à vingt euros, et on prie pour que l'aiguille dorme.
« Douze centimes de moins en novembre ! » ont promis les ministres…
Dix euros le plein, pendant trois mois : c'est Noël, c'est pas triste !
[REFRAIN]
Le bio ? Le vegan ? Le quinoa, le lait d'amande ?
C'est pour les terrasses du Marais : chez nous, c'est le frigo qui quémande.
Le bœuf à vingt euros l'kilo, la côte, on la regarde en vitrine,
Le boucher nous dit bonjour de loin : c'est coquillettes et sardines !
Le poulet du dimanche, on l'coupe en six au lieu de quatre,
Et le p'tit dit « Encore des pâtes ? », et on rit pour pas s'abattre.
Le soir, maman fait ses comptes sur un coin de toile cirée,
Le crayon s'arrête au vingt, et le mois n'est pas fini…
Buée sur la fenêtre, le chien dort contre le radiateur éteint,
Et à la radio, Paris parle encore de Paris… jamais des gens d'ici.
« Patron, change de chaîne ! Mets-nous de l'accordéon ! »
(Tournez les serviettes ! Tournez les serviettes !)
On n'a plus d'quoi s'chauffer, mais on a d'quoi chanter :
Et ça, Mediapart, ça peut pas l'enquêter !
[REFRAIN ×2]
« Et demain, à la une ? » — « Le prix du plein, mon vieux ! »
(Tout l'monde s'en fout !)