Ce qui s'est passé
Samedi 17 octobre 2026, en marge d'une manifestation, l'hôtel de ville de Limoges, monument historique inauguré en 1883, est incendié : la toiture s'effondre, une partie du beffroi tombe, l'état civil brûle. Le lendemain, Stéphane Bern dénonce des « hordes sauvages » qui « détruisent les maisons communes de nos villes ». Le 24 octobre, dans Quelle époque !, il parle de la France des villages, celle de son émission « Le village préféré des Français », où les gens aiment leur patrimoine, aiment leurs commerces, les défendent : « c'est cette France-là qui n'est pas rance ». Il raconte l'artisan qui avait passé dix ans à restaurer les décors de la mairie, les 420 000 euros déjà réunis par la Fondation du patrimoine, et promet : « si l'État n'a plus les moyens, nous, on va les trouver ». Comme lui, cette chanson distingue la juste colère des lycéens et les casseurs qui l'ont détournée.
En ouverture, les vraies voix de Stéphane Bern (Quelle époque !, 24 octobre 2026, et sa vidéo du 18 octobre). Images de l'incendie de Limoges (AFP, TF1, franceinfo), de villages et d'artisans du patrimoine.
Paroles
[Couplet 1]
Il a couru la France, ses vallons et ses rivages,
Quinze ans à chercher le plus beau de nos villages,
Bormes-les-Mimosas, Ploumanac'h et ses granits roses,
Des places à platanes où le temps se repose.
Et partout il a vu des gens qui s'aiment et qui se tiennent,
Qui défendent leur boulangerie, leur église et leurs fontaines,
On les dit « rances », ringards, repliés, d'un autre temps,
Mais c'est là que la France bat encore, simplement.
[Refrain]
Non, la France rurale n'est pas rance,
Elle a les mains calleuses et le cœur qui danse,
Elle a son clocher, son marché, sa fête au mois d'août,
Elle a ses morts au monument et ses enfants debout.
Non, la France rurale n'est pas rance,
Elle est la pierre et le pain, la patience,
Vous pouvez brûler nos mairies, briser nos beffrois,
Nous les rebâtirons pierre à pierre, comme autrefois.
[Couplet 2]
Puis un samedi d'octobre, à Limoges, tout a flambé,
L'hôtel de ville, son beffroi, ses salons dorés,
On a forcé les portes de la maison commune,
Et le campanile est tombé dans la fumée brune.
Là où l'on s'est marié, là où dormaient les archives,
L'état civil a brûlé, nos mémoires partent à la dérive,
Et l'artisan qui dix ans avait restauré les plafonds
A vu son œuvre en cendres, « comme amputé » jusqu'au fond.
[Refrain]
[Couplet 3]
« À quoi bon défendre nos pierres, a dit Bern, la voix brisée,
Si des hordes sauvages en quelques heures viennent tout casser ? »
À Marseille on a jeté le buste de Marianne par terre,
À Lyon l'office du tourisme a brûlé, cent quatre-vingts hivers.
Ce ne sont pas les lycéens, dont la colère est légitime,
Ce sont des casseurs qui l'ont volée pour signer leurs crimes,
« Ils vont gagner si on se divise », a-t-il dit ce soir-là :
Alors tenons-nous ensemble, et la France ne tombera pas.
[Pont]
Il a voulu tout lâcher, s'occuper de son petit intérieur,
Et puis des gens lui ont écrit : « Ne nous laissez pas tomber. »
420 000 euros en quelques jours, donnés par des gens simples,
« Si l'État n'a plus les moyens, nous, on va les trouver. »
Derrière les pierres, il y a des femmes et des hommes
Qui les ont bâties, qui les restaurent, qui les aiment :
C'est ça, la France.
[Couplet 4]
Ce ne sont pas de vieilles pierres, ce sont des vies qu'on protège,
Le couvreur seul sur son toit sous le vent et sous la neige,
Le tailleur, le vitrailliste, le maçon et le doreur,
Des milliers de métiers qui battent comme un seul cœur,
Le maire qui marie, qui enterre, qui répare la fontaine,
La fête du village, le bal et la belote de la semaine,
Le café qui tient encore, l'école qui ne veut pas fermer :
Ce n'est pas un musée, c'est un foyer allumé.
[Couplet 5]
Nous la rebâtirons, Limoges, à l'identique, pierre à pierre,
Comme on a relevé Notre-Dame et les clochers d'hier,
Comme nos aïeux, après les guerres, relevaient leurs maisons,
Avec la même patience, la même foi, la même raison.
« Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise »,
Et la France des villages le sait, quoi qu'on en dise :
Elle n'a pas besoin qu'on la plaigne, ni qu'on la méprise,
Elle a besoin qu'on la laisse vivre, et qu'on la reconstruise.
[Refrain]
[Outro]
Non, la France n'est pas rance…
Elle est vivante.